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Que retiendrez-vous de l’année 2020 chez skeyes ?

Renaud Lorand : Indépendamment des conséquences de la crise pour la santé et la situation humanitaire, l’année 2020 me laissera, exactement comme à tout le monde, le souvenir de l’année d’un choc majeur pour notre population, comme pour notre planète dans son ensemble. Je retiendrai que la crise sanitaire a particulièrement touché le secteur des transports, et en son sein, celui de l’aviation. Nos partenaires, les compagnies aériennes et les aéroports, ont été lourdement et massivement impactés par la diminution radicale du trafic aérien. Maintenir les avions au sol et voir des terminaux aéroportuaires complètement vides nous fut extrêmement difficile. Par ailleurs, 2020 fut aussi chez skeyes l’année de la mobilisation de nos forces et de nos énergies. Non seulement pour maîtriser et anticiper les conséquences de la pandémie, mais également pour maintenir et développer les gros projets stratégiques qui préparent notre entreprise pour demain.

Johan Decuyper : Mes pensées vont d’abord à notre collègue qui est décédé du coronavirus. Ce fut évidemment une année de gestion de crise. Chez skeyes, nous avons fait tout notre possible depuis le début et tout au long de la pandémie pour protéger au mieux la santé et la sécurité de nos collaborateurs. Nous avons également dû préserver les intérêts de l’entreprise : nous n’avions pas le droit de perdre tout ce que nous avions construit, même si nous ne maîtrisions forcément pas tous les éléments. Nos revenus dépendent du trafic aérien et lorsque celui-ci a été mis à l’arrêt, cela a eu un impact énorme sur notre financement. Mais au milieu de cette crise, nous étions tenus de garder à l’esprit l’avenir de l’entreprise : nous songions déjà à la manière dont nous allions adapter notre financement et nos activités à la nouvelle réalité de l’aviation dans les prochaines années.

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Quel enseignement tirez-vous de cette pandémie ?

RL : La pandémie est surtout une leçon d’humilité : le monde «d’avant» était habitué à une hypermobilité et à une hyperconnectivité, et le secteur de l’aviation constituait indubitablement un maillon essentiel dans cette hypermobilité, qui pour lui rimait avec croissance et rentabilité. La nature et le virus nous ont brutalement rappelé que ce modèle n’était pas immuable. La crise nous oblige à revoir notre modèle et à repenser notre façon de vivre et de voyager. Notre secteur, et notre entreprise, ne sont pas immunisés contre cette remise en cause. La pandémie nous donne également une raison d’être optimistes : je voudrais souligner à ce propos la réactivité par laquelle les équipes de skeyes ont été mobilisées pour garantir la continuité du service et pour assurer la sécurité du trafic, dans des conditions de travail limitées par les consignes sanitaires. Enfin, le déclenchement d’une telle crise rappelle combien il importe d’être bien préparés. Non seulement dans le domaine opérationnel, naturellement, mais aussi sur le plan économique. L’un des points forts de skeyes dans sa confrontation avec la crise était sa situation financière saine, caractérisée en particulier par un cash-flow suffisant, résultant d’une gestion rigoureuse et prudente depuis plusieurs années.

JD : J’ai surtout repensé à ce que nous avions appris d’une période difficile que Belgocontrol a connue dans le passé. Contrairement à ce qui s’est passé il y a une dizaine d’années, nous avons continué à investir et à recruter. Les principaux projets stratégiques ont également été maintenus. Nous avons évidemment tenu compte des circonstances et adapté les projets là où c’était nécessaire. Mais nous savions par expérience qu’il serait encore plus difficile de réparer les dégâts si nous cessions complètement nos activités. Parce que le trafic aérien va de toute façon reprendre et nous devons alors être prêts immédiatement. Le fait que nous ayons pu le faire était, bien sûr, dû à la position de départ favorable que nous avions nous-mêmes acquise. Et nous savons aussi que les efforts financiers que nous déployons actuellement seront compensés précisément par la relance du trafic aérien. Nous avions fait de skeyes une entreprise saine avant la crise et skeyes le sera encore après la crise.

Quel souvenir positif gardez-vous de l’année 2020 ?

RL : Deux partenaires essentiels de skeyes ont été mobilisés à ses côtés : en premier lieu son personnel, soit en veillant jour et nuit, 7 jours sur 7, aux opérations de contrôle par une présence physique dans les installations, soit en réorganisant les activités avec ingéniosité afin de permettre le travail et la formation en tenant compte des consignes sanitaires. En outre, notre unique actionnaire, l’État belge, qui reconnaît le caractère vital de notre activité pour le pays, a été présent aux côtés de skeyes à chaque moment clé de la crise.

JD : Le plus important est que nous ayons connu relativement peu de cas de COVID-19 au sein de skeyes pour un groupe de quand même 900 personnes. Et nous avons également pu éviter des problèmes dans d’autres domaines pour tous nos collaborateurs : en éliminant systématiquement les congés accumulés historiquement, nous n’avons pas eu à recourir au chômage temporaire et nous avons pu maintenir nos activités en permanence. Ce n’était certainement pas chose facile, mais nous y sommes parvenus ensemble.

Comment skeyes doit-elle surmonter cette période?

RL : Chaque crise est aussi le terreau d’opportunités. Elle a amorcé une dynamique pour un positionnement stratégique. Plus que jamais, nos partenaires sont conscients de l’importance du contrôle aérien et d’un aiguilleur du ciel national pour leur propre espace aérien. C’est un atout énorme pour l’attractivité et l’accessibilité de notre espace aérien, et c’est donc dans l’intérêt de tout le secteur aérien dans notre pays. Ces dernières années, skeyes a travaillé d’arrache-pied à la continuité des services qu’elle preste, à son orientation client et à sa fiabilité. L’ensemble du secteur de l’aviation peut à présent bénéficier de ces atouts pour la reprise du trafic aérien dans notre pays, et pour le renforcement de notre position internationale.

JD : En réalisant que nous ne sommes pas seuls. Malheureusement, tout le secteur de l’aviation a été durement touché. Mais c’est ensemble que nous pouvons remonter la pente. skeyes a été une fois de plus un partenaire fiable pour l’ensemble de ses stakeholders et nous continuerons à jouer ce rôle. C’est pourquoi il était si important de continuer à investir dans l’amélioration de nos services, il suffit de penser à l’A-SMGCS, aux tours digitales que nous allons construire, au renouvellement du SAS2. Nous sommes prêts pour la reprise du trafic aérien, nos partenaires peuvent compter sur nous : les aéroports, les compagnies aériennes et toutes les entreprises actives dans le secteur. Et c’est aussi dans notre propre intérêt car nos revenus dépendent également de la reprise.

Johan Decuyper

A quoi skeyes doit-elle faire attention, au-delà de la reprise après la crise ?

RL : D’abord et surtout, il faut souligner que la crise n’est pas encore terminée et que toutes les prévisions internationales indiquent que ses conséquences sur le transport aérien seront encore tangibles pendant plusieurs années. La priorité sera donc de maîtriser les conséquences de la crise, notamment en appliquant les mesures fixées au niveau européen. Une gestion de crise ne peut et ne doit pas éclipser les autres défis, parfois existentiels. Car même avant la crise, l’aviation subissait de plus en plus de pressions pour devenir plus écologique. La pandémie n’a fait qu’augmenter cette pression. En tant que secteur, nous devons faire face à ce défi. Et c’est aussi ce que nous voulons. Ce virage ne se négocie pas du jour au lendemain, mais nous devons déjà investir en ce sens. Et nous le faisons déjà. skeyes mise sur des atterrissages verts lorsqu’ils sont possibles, elle soutient pleinement le secteur des énergies renouvelables – naturellement en combinaison avec la sécurité du trafic aérien – et notre politique de RSE s’est entretemps fermement ancrée dans la gestion de l’entreprise. Ensemble avec nos partenaires, nous menons encore d’autres initiatives pour mutualiser nos connaissances et nous renforcer réciproquement pour une durabilité de notre secteur.

JD : Toute notre stratégie de crise visait à reprendre au plus vite nos projets prévus avant 2020. L’innovation constituait l’un des piliers en la matière. Nous continuons à investir dans les nouvelles technologies, mais aussi dans les développements économiques et sociétaux. Je suis tout à fait d’accord avec les propos du Président concernant la durabilité. Et j’y ajouterai un autre exemple : les drones. Nous avons déjà acquis beaucoup d’expérience et de connaissances dans ce domaine grâce à des projets de collaboration très concrets avec des partenaires qui explorent les possibilités des drones dans la vie réelle. Nous assumons de plus en plus notre rôle futur et nous sommes même leader dans ce secteur. Nous contribuons au développement de technologies pour soutenir les drones, garantir la sécurité de l’ensemble du trafic aérien et devenir un centre de connaissances et une plaque tournante pour tout le secteur dans notre pays.